Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le Monde infernal de Branwell Brontë

Le Monde infernal de Branwell Bronte.jpgLe mythe des Brontë (les filles du pasteur qui écrivent dans leur presbytère au fond des bois, tout ça) doit beaucoup au personnage de Branwell, ce frère autodestructeur qui a marqué la vie et l'œuvre de ses sœurs. Il aurait ainsi inspiré le Heathcliff d'Emily et le vilain mari poivrot d'Helen dans The Tenant of Wildfell Hall d'Anne.

Mais qui était vraiment ce jeune homme si brillant tombé si bas en quelques années à peine ? C'est la question à laquelle tente de répondre Daphné Du Maurier, l'auteure de Rebecca et L'Auberge de la Jamaïque.

Le Monde infernal de Branwell Brontë n'est pas une biographie mais plus une étude sur le personnage et son œuvre, comme le précise la préface du livre. Il se lit pourtant comme un roman, ce qui vient sans doute de la qualité de l'écriture de l'auteur.

Le livre commence par la fin, en décrivant la mort de Branwell, puis revient sur son enfance. Orphelins très jeunes, les Brontë sont élevés par une tante vieille fille et un père très pris par ses obligations d'homme d'église. Les enfants font très jeunes preuve d'une intelligence et d'une vivacité d'esprit étonnante. Le seul garçon, Branwell, est considéré comme un jeune garçon brillant qui fera quelque chose de grand de sa vie. On ne l'envoie pourtant pas à l'école, son père évoque sa trop grande sensibilité et Daphné Du Maurier pense qu'il était épileptique, une maladie mal connue et surtout mal vue à l'époque. Branwell grandit donc entourés de ses sœurs et de quelques garçons du village mais il s'invente surtout un monde imaginaire. J'ai été vraiment impressionnée de découvrir qu'il avait créé de toutes pièces tout un univers avec des personnages mais qu'il avait aussi inventé des pays dont il avait créé des cartes, des constitutions et des gouvernements. Il a noirci des pages et des pages de son écriture minuscule avec un style impressionnant pour un garçon de son âge. Il a d'ailleurs partagé ce "jeu" avec Charlotte, celle sont il était le plus proche après le décès de leur soeur aînée Marie mais dont il s'est éloigné en grandissant.

Les extraits de ces écrits montrent la précocité et l'imagination débordante de Branwell mais comme l'explique l'auteur, son talent n'a jamais été modelé par des études ou un avis extérieur. Contrairement à ses sœurs qui sont allées à l'école, Branwell est resté à la maison et n'a eu que l'admiration sans borne, presque aveugle, de sa famille comme formation. Cela explique sûrement la maladresse et l'arrogance de Branwell quand il envoie des textes à des éditeurs.

bronte sisters.jpg

Portrait de sœurs Brontë par Branwell,

il a par la suite effacé son propre portrait au centre

Daphné Du Maurier fait plusieurs fois référence à la biographie de Charlotte Bontë écrite par son amie Elizabeth Gaskell. Je suis d'ailleurs bien contente de l'avoir lui l'an dernier et de pouvoir mettre les deux livres en parallèle. Je me souviens que Gaskell, comme les Brontë d'ailleurs, impute la déchéance de Branwell à son aventure avec une femme marié au service de laquelle il avait travaillé comme précepteur. Du Maurier réfute cette hypothèse, selon elle, Branwell a été renvoyé de son poste à cause de son comportement et du mauvais exemple qu'il donnait aux enfants dont il avait la charge. Il aurait ensuite inventé cette histoire d'amour pour rendre sont renvoie plus acceptable aux yeux de sa famille et se serait ensuite enfermé dans son mensonge, jusqu'à s'en convaincre lui-même. Evidement, c'est moins romantique que l'image du jeune homme torturé par un amour impossible, mais les preuves apportées par l'auteur tendent à prouver que Branwell a enjolivé les choses, si ce n'est qu'il a inventé cette histoire.

Qu'est-ce qui a causé la perte de ce jeune homme promis à un brillant avenir ? Ses échecs successifs en tant que peintre et écrivain, la réussite de ses sœurs là où il avait échoué. Au final, Branwell a gâché un potentiel énorme à trop vouloir devenir un artiste reconnu sans accepter de commencer en bas de l'échelle, il a vu son existence stagner alors que ses sœurs faisaient quelque chose de la leur et s'est réfugié dans l'alcool pour oublier. On ressent vraiment la souffrance de ce personnage, pathétique et à la fois fascinant. J'ai vraiment eu de la peine pour lui mais en même temps, l'influence qu'il a eue sur ses sœurs dès l'enfance est sûrement pour beaucoup dans leurs œuvres. Au delà d'avoir inspiré de façon plus où moins inconsciente certains héros de leurs romans, ils les a surtout poussé à écrire et à faire travailler leur imagination dès l'enfance. Malheureusement, Branwell lui-même était trop enfermé dans ce Monde Infernal qu'il avait créé enfant pour avoir le courage d'en sortir et d'affronter la réalité comme l'ont fait ses sœurs.

J'ai trouvé ce livre passionnant et très bien écrit, je l'ai d'ailleurs dévoré en quelques jours. Je ne peux que le conseiller aux admirateurs des sœurs Brontë.

Les commentaires sont fermés.