10.07.2009
Eureka Street
Comme souvent quand j'ai un coup de cœur pour un livre, je ne sais pas quoi en dire. C'est étrange, je sais, mais je ne sais pas par où commencer pour donner aux gens l'envie de le lire sans pour autant les spoiler, je ne trouve pas d'arguments hyper constructifs autres que "c'est vachement bien".
Enfin, je vais essayer quand même, ça risque d'être décousu.
Eureka Street, c'est d'abord une ode à Belfast, ville déchirée par les luttes (poliment qualifiées de "troubles") entre protestants et catholiques. Robert McLiam Wilson réussit en quelques mots à nous faire aimer sa ville et à rire de tout, même du pire.
Mais de quoi ça cause ? De deux amis, l'un catholique, l'autre protestant, et de tous les gens qui font partie de leur vie. Jake Jackson, ex gros dur au cœur d'artichaut ne s'est pas remis du départ de son ex, une anglaise qui a finit par en avoir marre des bombes, des attentats, de l'armée à tous les coins de rue et qui est rentrée à Londres. Jake passe maintenant son temps à faire des petits jobs miteux et à tomber amoureux toutes les cinq minutes. Heureusement, il a sa bande de potes avec qui il passe ses soirées au pub (ben oui, on est en Irlande). Parmi eux, il y a Chuckie, son meilleur pote, trentenaire grassouillet qui vit chez sa mère et qui décide un jour de devenir riche pour les beaux yeux d'une américaine. Il invente des trucs plus tordus et immoraux les uns que les autres, et le pire, c'est que ça marche.
Et sur les murs de la ville, un sigle étrange fait son apparition: OTG. Est-ce un nouveau parti politique ? Un groupe armé ? Catholique ? Protestant ? Personne ne le sait.
L'histoire des personnages est bien entendu liée à celle de Belfast, la peur des attentats des contrôles policiers arbitraires, la haine entres catholiques et protestants, tout cela se répercute inévitablement sur la vie de ses habitants. Et pourtant, ils continuent à vivre, à aller boire des pintes au pub, à rigoler entre potes, à tomber amoureux.
Ce qui ressort de ce livre, c'est que finalement catholiques et protestants ne sont pas si différents, les quartiers pauvres des deux communautés se ressemblent bien plus qu'il n'y parait et la véritable différence, c'est entre riches et pauvres qu'il faut la chercher, entre les extrêmes des deux côtés : Sinn Fein et IRA pour les républicains, Orangistes et UVF chez les unionistes. Et au milieu : les habitant de Belfast qui voudraient juste qu'on leur foute la paix et que leur ville ne passe plus aux infos tous les jours à causes des affrontement entre les deux clans.
Heureusement, l'opinion politique de l'auteur n'est pas assénée lourdement, mais ressort naturellement à travers les actes et les pensés des personnages. Enfin, j'ai quand même bien ri en voyant le poète Shague Ghinthoss, évocation à peine voilée de Seamus Heaney, qui écrit sur les haies et les pelles. De même Jimmy Eve, n'est autre que Gerry Adams (wouhou, Adam, Eve, jeu de mot ^^). Les républicains -et les unionistes aussi d'ailleurs- sont présentés de façon peu glorieuse par Jake, qui est pourtant catholique mais du genre qui veut qu'on lui foute la paix. Car derrière les idéaux de Aiorghe (pour ceux qui se poseraient la question, je dirais que ça se prononce eer'hou avec h aspiré, enfin, plus ou moins), jeune femme qui croit aux préceptes républicains dur comme fer et pense que la fin justifie les moyens, il y a la face cachée de l'engagement politique et la description de l'attentat de Fountain street qui m'a vraiment marqué. Les victimes des attentats cessent d'être des nombres, X victimes, X blessés, mais redeviennent des êtres humains avec un nom, un visage, une histoire, des projets, une famille, des amis qui vont les regretter.
Et pourtant, le livre ne s'arrête pas là et la vie non plus. On continue quand même et le livre arrive à reprendre un ton léger et drôle et à nous faire rire de la bêtise humaine, du ridicule de certaines situations. Je ne me suis jamais ennuyé en lisant les presque 600 pages de ce livre. Certaines anecdotes sont vraiment drôles, comme cet anglais de bonne famille qui pourrait vivre confortablement à Londres mais préfère Belfast car les hommes sont tellement laids et stupides qu'ils lui offrent un succès inespéré avec la gente féminine irlandaise sans se fatiguer. Les personnages arrivent toujours à nous surprendre derrière une première impression de looser sur les bords, on rit de bon cœur et on apprend à aimer la ville dont l'auteur à si bien capturé l'essence. Ca fait un peu pompeux comme phrase mais c'est exactement ça.
Quant au style de l'auteur, âmes sensibles, attention au vocabulaire peu châtié des personnages, mais ça vaut vraiment le coup. Le style est bon, vif, ça se lit vite et bien et ça n'est jamais ampoulé. L'alternance de première personne pour Jake et de troisième personne pour les autres nous rapproche de ce personnage et met une certaines distance avec les autres, dressant leurs portraits pour arriver au portrait de la ville elle-même.
Est-ce que j'aurais autant aimé ce livre si je n'avais pas vécu en Irlande et que je ne m'intéressais pas à l'histoire contemporaine de l'île ? Je n'en sais rien du tout, certaines choses me seraient peut-être passé a dessus, mais je crois que ce roman est assez universel pour intéresser des lecteurs moins voire pas du tout irlandophiles.
Pour ceux que ça intéresse, la BBC a adapté Eureka Street il y a quelques années :

13:24 Publié dans Kiss me, I'm Irish, Lecture livresque | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, eureka street
14.04.2009
Angela's ashes
Frank McCourt est professeur, né à New York de parents irlandais, il a passé son enfant à Limerick, dans l'Ouest de l'Irlande, ce livre raconte donc son enfance dans l'Irlande des années 30 et 40.
L'Angela du titre, c'est sa mère, jeune fille sans avenir en Irlande, elle tente sa chance aux Etats-Unis, tombe enceinte de Malachy McCourt, lui aussi irlandais, mais du Nord, l'épouse parce que sa famille ne veut pas qu'elle finisse fille mère et finit avec un mari alcoolique et une tripotés de gamins crasseux et faméliques. En effet, Malachy boit et dépense souvent son salaire au pub au lieu de nourrir sa famille et finit toujours par se faire virer. Le couple repart d'ailleurs en Irlande quand Frank est encore petit et s'installe dans un quartier pauvre de Limerick. C'est là que Frank va grandir et c'est loin d'être joyeux. La famille est très pauvre et vit dans un taudis, deux frère de Frank meurent d'ailleurs en bas âge et il est lui-même hospitalisé à deux reprises et passe près de la mort. Son père dilapide son salaire ou son indemnité de chômage dans les pubs et les enfants ne mangent jamais à leur faim. Il faut ajouter à cela l'emprise de la religion catholique sur la population, l'école tenue par des prêtres, l'obligation d'aller à la messe et de se confesser. Je sais qu'en Irlande, ce livre a causé une vive polémique car ses détracteurs accusaient McCourt d'avoir exagéré la description de Limerick et d'avoir enjolivé certains événements de son enfance. Je ne sais pas si c'est vrai, mais en tout cas pour avoir véçu en Irlande quelques temps et avoir recontrés des gens d'âges et d'origine sociale différente, je sais que la religion catholique avait et a toujours beaucoup d'influence là-bas. Par exemple, encore aujourd'hui l'avortement n'est pas légale et je me souviens avoir vu des affiches en faveur du non au traité de Lisbonne qui disaient que si le oui l'emportait, l'avortement serait légal.
Personnellement, je me fiche de savoir si McCourt s'en tient à la vérité, exagère ou déforme ce qui s'est passé. Il a une façon de raconter qui m'a vraiment plu et j'ai littéralement dévoré ce livre. McCourt est un grand conteur, on voit les choses à travers ses yeux d'enfant puis d'adolescent. On suit le parcours de cette famille qui tente de survivre malgré tout et ce jeune garçon qui fait tout pour quitter celle ville qu'il déteste mais ressent malgré tout un pincement quand il la quitte. On comprend son amour pour ce père qui lui raconte des histoires le soir mais n'est pas capable de nourrir sa famille et dont l'alcoolisme les mène à la ruine. Mais on partage aussi ses petites joies simples qui illuminent ce quotidien morne. Un autre aspect qui m'a interpelé, c'est la place de la religion dans la vie de Frank et comment il s'en détâche peu à peu.
10:00 Publié dans Kiss me, I'm Irish, Lecture livresque | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature, angela's ashes, frank mccourt
10.02.2009
Father Ted
Father Ted est une série irlandaise qui raconte la vie de trois prêtres sur une île imaginaire. Cette comédie qui n'y va pas avec le dos de la cuillère a été refusée par toutes les chaînes irlandaises et c'est finalement Channel 4 qui acceptera de la diffuser.

Si vous êtes catholique et n'avez ni sens de l'humour ni autodérision, passez votre chemin. Sinon, lisez ce qui suit, vous allez adorez !
Craggy island est une île perdue au large de la côte ouest de l'Irlande. C'est là qu'ont été "exilés" trois prêtres catholiques mal vus par leur supérieurs.
Le père Ted Crilly a détourné l'argent récolté pour un séjour à Lourdes et a fini à Las Vegas. Il rêve secrètement de célébrité. C'est lui le personnage principal de la série et le plus "normal" de tous.
Le père Jack Hackett est un vieillard alcoolique et vulgaire dont le vocabulaire se résume à trois mots : "feck, drink, arse". Il passe le plus clair de son temps assis sur un vieux fauteuil à somnoler, à boire (de l'alcool ou des produits ménagers) ou à insulter les autres personnages.
Le père Dougal McGuire est une gros babache de première. Il arbore un sourire niais et a peur des femmes. Il a une très mauvaise mémoire et considère la religion comme une espèce de blague.
Leur gouvernante, Mrs Doyle (dont on ne connaît pas le prénom), s'occupe de tout dans la maison paroissiale, notamment de vous harceler jusqu'à ce que vous acceptiez une tasse de thé ("Go on, go on, go on"), de préparer des sandwichs pour un régiment et de nettoyez les fenêtres (elle finit d'ailleurs pas se casser la figure à chaque fois).
J'ai découvert cette série en Irlande, elle date de 1995 mais est toujours aussi drôle. Je vous conseille de faire un petit tour sur Youtube pour voir à quoi ça ressemble. Personnellement, j'ai reçu le coffret avec les trois saisons et quand ça ne va pas fort, un ou deux épisodes me remontent tout de suite le moral.
En plus, le générique est une version instrumentale d'un morceau de The Divine Comedy.
10:10 Publié dans Dans ma télé, Kiss me, I'm Irish | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : série, father ted













