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harvey milk : sa vie son époque

  • Harvey Milk : Sa vie, son époque

    Un livre fort intéressant mais extrêmement mal traduit et même pas relu.

     

    Harvey Milk sa vie son époque.jpgDésolée mais je tiens vraiment à dire que la version française est pleine de coquilles et de fautes d'orthographe, quand ce n'est pas carrément la traduction qui laisse à désirer. Car, oui, Aurélien Tremblay, toi qui as traduit ce livre, quand tu nous dis que dans la ville d'Oklahoma, des homophobes entrent dans les bars gays et tabassent les patrons, c'est une traduction de merde. Où est-ce que tu as vu qu'il fallait traduire Oklahoma City ? Et quand tu vois patrons only sur un parking devant un pub, tu ne te gares pas parce que tu es simple employé ? En anglais, patron se dit boss et le mot patron quand on parle d'un bar, signifie client ou consommateur, voire même habitué. Eh ouais, dingue, non ? Ca ne t'a pas fait bizarre de te dire que ces mecs entrent dans un bar et tabasse des messieurs en costume trois pièces bien propre sur eux qui parlent de leur chiffre d'affaire ? Ca ne t'a pas semblé incohérent ? Quant aux coquilles, as-tu déjà entendu parlé d'un correcteur orthographique ? Tout le monde fait des fautes, moi la première, mais faut pas pousser. Je sais que traducteur n'est pas un métier de tout repos mais quand on est mauvais, on fait autre chose.

    Je me permets d'ailleurs un autre petite coup de gueule, cette fois contre M6 Editions qui, au delà de confier la traduction de ce livre à quelqu'un de pas très compétant, ne s'est même pas embêté à faire relire la version française, sûrement pour que le livre sorte en même temps que le film, tant pis s'il est bourré de fautes.

     

    Sur ce, faisons abstraction de ce manque de respect envers le lecteur francophone et parlons du livre.

    L'auteur, tout d'abord : Randy Shilts était journaliste au San Francisco Chronicles et ça se sent à la lecture du livre, tout est très fouillé et très documenté, la transition d'un thème au suivant est extrêmement fluide. Le livre est très riche en information mais bien structuré donc on n'a pas la tête comme une pastèque après l'avoir lu.

    Au début du livre on suit la vie d'Harvey Milk, jeune juif new yorkais gay mais qui n'ose pas sortir du placard, et, en parallèle, l'histoire et le sort des homosexuels à cette époque. Pendant longtemps, Milk est vraiment très éloigné de l'activisme gay, il mène sa braque, travaille ici et là, rencontre des hommes, mais la politique ne l'intéresse pas. C'est vraiment au moment où il emménage à San Francisco qu'il se sent concerné par le sort des gays et entre en politique. Là où le film de Gus Van Sand se concentre sur la carrière politique de Milk, qui au final ne représente que les six ou sept dernières années de sa vie, le livre permet de mieux comprendre le personnage à travers ses expériences précédentes. A chaque étape de sa vie, on découvre en parallèle les événements importants dans la lutte pour les droits des homosexuels et on voit cet homme finalement rejoindre cette lutte et s'y impliquer à fond, au point de mettre sa vie en péril. La capacité de travail de Milk est d'ailleurs impressionnante, même s'il s'y ruine la santé. L'auteur a interviewé de nombreuses personnes qui avaient côtoyé Milk, dans son propre camp ou en tant qu'adversaires politiques, ce qui permet vraiment d'avoir une vision d'ensemble du personnage. L'auteur me semble avoir su rester objectif et ne se gêne pas pour dire que Milk adorait être le centre d'attention des médias ou qu'il incitait les jeunes au coming out alors que lui-même n'avait jamais révélé son homosexualité à ses parents.

    Harvey Milk Taking Oath of Office.jpg

    Au delà de l'homme et de son combat, le livre est également un témoignage passionnant de la lutte pour les droits civiques des homosexuels et de la vie à San Francisco dans les années 70. De ce point de vue, j'ai beaucoup plus accroché à cette description journalistique et sans fards qu'aux chroniques de Maupin. Les manigances politiques et les méthodes de campagne sont également très intéressantes, même si c'est un peu galère de s'y retrouver avec tous ces noms.

    Un autre point vraiment intéressant et qui n'a quasiment pas été abordé dans le film : le procès de Dan White, où le choix de jurés blancs de la classe ouvrière et catholiques m'a vraiment fait hurler, tout comme la défense dite Twinkie Defence, clamant l'excès de junk food pour expliquer le geste de White et l'absence de mention de crime homophobe par l'avocat de la partie civile.

    Au final, un livre que je n'aurais sans doute jamais découvert sans le succès du film, d'une part parce que personne n'avait eu l'idée de le publier en France avant l'Oscar de Sean Penn (c'est d'ailleurs lui qui apparait sur la couverture et non le vrai Harvey Milk) et d'autre part parce que, il faut bien l'avouer, je n'avais jamais entendu parler de Milk avant de voir le film, ce qui est sûrement le cas de pas mal de gens ici.

    Milk.jpg

    Ce livre a été écrit en 1982, à une époque où l'homosexualité n'était pas aussi bien acceptée qu'elle ne l'est aujourd'hui (même s'il y a encore beaucoup de boulot, je suis d'accord) et la biographie d'un obscur conseiller municipal gay de San Francisco qui n'est pas resté en poste très longtemps ne devait sans doute pas intéresser les maisons d'éditions françaises. Heureusement que le succès du film a remis dans la lumière ce livre passionnant. Je regrette pourtant l'absence d'introduction ou de préface propre à cette édition française. Une petite mise à jour de l'épilogue, notamment en ce qui concerne les personnes citées, aurait été une bonne idée également.